Les mauvais côtés de la vie d’entrepreneur

les difficultés de l'entrepreneuriat ou de la vie d'entrepreneur

Comme promis sur instagram (si tu ne nous y suit pas encore c’est par ici), le voici cet article sur les difficultés de l’entrepreneuriat. Pour ceux qui ont suivi, il y a 2 semaines, lors de la tempête qui a touché le sud de la France, j’ai mis 34h à rentrer chez moi après m’être rendu au mariage d’un couple d’amis à Lyon. Pour une fois je n’avais pas pris mon ordinateur. Me disant à moi-même « allez c’est le mariage de tes potes, tu ne vas pas bosser quand même ». Ce ne fut pas mon idée la plus lumineuse. Parce qu’à mon retour, en plus d’être épuisée par cet affreux trajet, j’ai du rattraper le retard accumulé pendant tout ce temps.

Et puis dernièrement, j’ai été sollicité à plusieurs reprises par des personnes qui souhaitaient lancer leur e-commerce et qui voulaient des conseils. Mon premier réflexe c’était de penser que je n’aurais pas grand chose à dire. Parce qu’aujourd’hui à titre personnel, je n’ai pas l’impression d’avoir réussi. Natifs n’est pas encore connu de tous ceux qui s’intéressent à la mode éthique. Je ne gagne toujours pas ma vie avec mon entreprise. Alors pour moi c’est toujours un work in progress. Mais en discutant avec ces femmes je me suis moi-même rendu compte qu’en 3 ans, en fait, j’en avais accumulé des connaissances. Et surtout de l’expérience. Même si je n’ai pas encore atteint ma ligne d’arrivée, j’ai déjà couru sur pas mal de kilomètres. Et j’ai mon avis sur ce parcours.

Surtout que cette opinion, elle n’est pas celle que l’on entend lorsqu’on écoute des entrepreneurs s’exprimer sur des podcasts ou en interview. A chaque fois j’ai l’impression d’entendre le même schéma: idée, création et succès retentissant en un temps très court. Le tableau dépeint est toujours sans mauvais côtés. Ou alors des mauvais cotés qui font envie du type « comment gérer la réussite ». Mais quand je regarde ma vie et celle des créateur-trice.s d’entreprise que je connais, je me dis qu’on ne nous parle que des exceptions, de cas très isolés, éloignés de la réalité de l’entrepreneuriat.

Réussir en tant qu’entrepreneur en France: pas si facile

Ils se créent tous les ans, des centaines de milliers d’entreprises en France. En 2017, l’INSEE en a recensé 591 000. C’est le plus gros chiffre enregistré depuis 2010. Et on le doit en très grande partie aux micro-entrepreneurs. Car ils représentent 40% de ces créations (souvent plus connus sous le nom d’auto-entrepreneurs). Alors s’il y en a autant, c’est bien la preuve que ça marche me direz-vous ? En fait, c’est beaucoup plus compliqué qu’il n’y parait. S’il y a beaucoup de candidats au succès, dans la réalité, peu d’entreprises dépassent les 5 ans d’existence. Seulement 23% des micro-entreprises y arrivent et pour les autres SAS, EURL &co, 40% d’entre elles auront disparues d’ici là. En 2022, il ne restera donc que 196 212 survivantes sur ces entreprises créées en 2017.

Ca fait tout de suite beaucoup moins rêver, non ? Et oui parce que justement, nous vendre ce choix de vie comme un rêve, c’est à mon sens un raccourci simpliste. Bien sûr qu’il y a plein de bons côtés. Tous ceux que l’on entend dans ces podcasts et interviews d’entrepreneurs. Et puis tous ceux que tout un chacun peut très facilement imaginer comme la liberté de travailler quand on le veut. De faire ce que l’on veut, comme on le veut sans rendre de comptes à personne… Et soyons bien clair, pour tout ça, je ne regrette pas une seconde le choix que j’ai fait il y a 3 ans. Même si je n’ai pas encore atteint mon propre objectif personnel, je suis aujourd’hui très fière de mon métier et de mon indépendance.

les mauvais côté du métier d'entrepreneur

Sauf que comme pas mal de choses dans la vie, tout n’est pas blanc ou noir. Et cette vie d’entrepreneur c’est aussi des difficultés rencontrées au quotidien. Des difficultés dont on parle finalement peu, comparées aux avantages. Alors parce que vous me l’avez demandé et puis parce que ça me semble important d’apporter plus de transparence sur ce choix de vie et ce qu’il implique; voici selon mon expérience personnelle:

Les mauvais côtés de l’entrepreneuriat

En tant qu’entrepreneur tu bosses peut-être quand tu veux, mais au final tu bosses plus

Avant de créer mon entreprise, j’ai été salariée pendant une dizaine d’année dans des structures très différentes: petite, moyenne et très grosse. Et je peux te dire que j’ai toujours bien bossé. Les 35h c’était un joli concept; pas la réalité. Sauf que depuis que j’ai lancé mon e-shop, je me dis qu’en fait avant, j’étais tranquille ! Une journée de base pour moi aujourd’hui, c’est 9h30-20h. Mais très souvent, il m’arrive de me remettre au boulot à 21h, quand Ben part au sport. Là tout de suite au moment où j’écris ces lignes, il est 22h et je sais que ma soirée n’est pas terminée.
Je finis régulièrement à 23h-minuit, les yeux tous rouges et qui brûlent, pour clôturer un truc. Il ne me reste même pas les samedi-dimanche parce que les weekend, on profite souvent d’être tous les deux pour traiter des problématiques plus complexes ou prendre des décisions importantes.

Alors oui c’est vrai, je peux facilement prendre mon vendredi pour passer un weekend de 3 jours quelque part. Sauf que ce vendredi libre, je sais que je vais le rattraper avant et après être partie.
Et puis en plus, même si j’avais envie d’aller faire du cerf-volant en pleine après-midi de semaine, ce ne serait pas si simple que ça. Parce que si en tant qu’entrepreneur je suis flexible dans mes horaires, ce n’est pas le cas des prestataires avec qui je travaille qui eux ne sont joignables qu’aux heures de bureau. Alors les horaires libres, pas vraiment.

Le e-commerçant ne connait pas le repos

Mon e-shop il ne ferme jamais ses portes. A l’inverse d’un boutique physique, il n’y a pas de repos du dimanche, de grille baissée pour congés ou d’extinction des lumières à 19h30. Mon site doit être opérationnel 24h/24. Et que moi-même je sois en vacances loin, en weekend ou au mariage/anniversaire d’amis, si jamais il y a un problème, je dois le régler le plus vite possible. Et crois-moi, les difficultés informatiques, ça arrivent plus qu’on ne le croit. J’ai déjà bossé jusqu’à 3h du matin pour essayer de régler un bug alors que mes potes m’attendaient au restaurant.

Je me rappelle aussi avec nostalgie quand le vendredi soir avant mes congés de salarié je programmais mon mail de out of office après avoir prévu mon back up (vocabulaire d’entreprise bonjour!). Et comment le coeur et l’esprit léger je partais en me disant « Ah enfin! Pendant 2 semaines je ne pense plus au boulot !». Aujourd’hui, pas de mail et pas de back up. Il m’est impossible de décrocher de Natifs parce que personne ne peut prendre le relais. En fait c’est comme si il y avait en permanence une tache de fond qui tournait dans mon esprit. Et comme nous le rappellent si gentiment nos téléphones portables: les taches de fond ça tire sur la batterie.

Etre indépendant c’est bien mais être seul, moins

La plupart des entreprises qui se créent sont des structures unipersonnelles ou duelles. Et Natifs n’est pas différente puisque nous sommes deux. Et être deux c’est génial parce que nous décidons de tout: la stratégie, les moyens d’action, les objectifs, les délais, etc. Ce qui fait que notre entreprise nous ressemble complètement. Nous la construisons selon nos valeurs et nos envies. A l’inverse du salarié qui peut se sentir très éloigné de la structure dans laquelle il travaille et s’y résigner pour garder son boulot.

Mais, ça veut aussi dire que nous sommes seuls face aux problèmes. Si il y a une erreur sur quelque chose, ce sera forcément de notre faute et on devra se débrouiller pour la rattraper. Si on part en vacances, on peut déléguer des petites taches mais le gros du travail n’avancera plus. Les objectifs ne sont pas atteints ? Pas de responsable à chercher, parce que les responsables c’est forcément nous. On a certes le mérite de tout les succès de Natifs, mais aussi la charge de chaque échec.

Pour moi qui me consacre à temps plein sur ce projet, je n’ai jamais été gênée par le fait de travailler seule, de chez moi. Je suis quelqu’un de plutôt solitaire. Et je n’ai pas l’impression de perdre quelque chose de grave en manquant la vie de salariée et ses conversations autour de la machine à café. Mais parfois, quand je suis face à un choix important et que je ne sais pas du tout quelle décision je dois prendre; je regrette de ne pas avoir un manager vers qui me tourner. Quelqu’un plein d’expérience qui me dirait « Fait ça » et libérerait mon esprit d’un poids. Une personne que je pourrais blâmer en cas d’erreur, ce qui laisserait mon égo intact. En tant qu’entrepreneur, je sais que cette facilité je ne l’aurais plus jamais.

se lancer dans l'entrepreneuriat: découvrir les mauvais aspects

Je suis une entrepreneur qui doute tout le temps

Comme on trouvait que la création d’entreprise c’était trop facile, on a décidé de se lancer un défi supplémentaire pour rendre le tout plus fun: la reconversion professionnelle. Et oui parce que à l’inverse de pas mal d’entrepreneurs qui créent leur société dans leur domaine d’expertise; Ben et moi on ne connaissait rien au e-commerce. Ce qui fait que nous avons tout appris sur le tas et qu’aujourd’hui encore mes journées consistent à faire des choses que je n’avais jamais faites de ma vie. Cet apprentissage permanent, je crois bien que c’est ma partie préférée dans l’entrepreneuriat. Je sais que tous les soirs je vais me couché en ayant enregistré une nouvelle information ou testé un nouveau savoir-faire.

Avant j’étais dans le recrutement. Et au bout de 7 ans passés dans ce domaine, quand je devais prendre une décision sur quelque chose: je savais toujours quoi faire. Je n’avais pas forcément la réponse déjà en tête. Mais avec l’expérience, au moment du choix, j’étais capable d’évaluer rapidement mon pourcentage risque et de me décider. Bref, j’étais une experte dans mon domaine. En créant Natifs, j’ai eu l’impression de redevenir une stagiaire. Pas une stagiaire qui partirait complètement de zéro parce que fort heureusement beaucoup de compétences sont transférables. Plutôt comme une étudiante sans l’expérience du vécu professionnel. Et pour compenser, à chaque décision qui doit être prise sur des sujets que je ne maîtrise pas, je me renseigne à fond. Je fais des calculs et des projections. Mais malgré tout ça, au moment d’appliquer mon choix, j’ai quand même l’impression d’un coup de poker.

Ce doute permanent c’est une force, car il me pousse à me remettre en question continuellement. A ne jamais me reposer sur mes acquis comme on dit. Sauf que parfois, j’aimerais bien faire « pouce » et gouter un peu à ce repos !

Entrepreneuriat et projets d’avenir, c’est plus compliqué

Ce mauvais côté de l’entrepreneuriat, je crois que c’est un des plus évidents pour tout le monde. C’est sûrement celui qui empêche beaucoup de gens de se lancer. Et à raison à mon sens. Car quand tu es salarié, hors accident dans la vie de l’entreprise, tu sais que tu toucheras ton salaire à la fin du mois. Que tu sois en CDD ou en CDI, tu sais quelle somme minimum va arriver sur ton compte en banque et pour à peu près combien de temps. Même si ton entreprise fait de sales résultats ce mois-ci, tu sais que tu seras payé. Au pire tu ne toucheras pas ton variable, mais ton fixe lui, quoi qu’il arrive, tu peux compter dessus.

Cette certitude monétaire, c’est ce qui permet de faire des projets d’avenir et de s’engager dans des dépenses récurrentes. Comme acheter une maison à crédit ou faire un enfant. Des envies que beaucoup de personnes ont. Mais que je t’avoue, je suis bien contente de ne pas avoir. Attention, je ne dis pas qu’il est impossible d’obtenir tout ça en montant son entreprise, mais je dis juste que c’est plus compliqué. Il n’y a qu’à reprendre les statistiques: beaucoup d’entreprises ne passent pas les 5 ans d’existence. Et ça, les banques aussi le savent bien. Elles se montrent beaucoup plus exigeantes avec les entrepreneurs, qu’elles ne le sont avec les salariés. Puis avant même de penser à solliciter un prêt, il va d’abord falloir gagner de l’argent et ça non plus, ce n’est pas évident.

Entrepreneur = bénévole très souvent

Mise à part les fameux succès immédiat dont on entend trop parler, une création d’entreprise ça s’apparente selon moi plus à un marathon qu’à un sprint. Tous les entrepreneurs que je connais construisent leur activité petit à petit. Et tous réinvestissent l’ensemble de leurs premiers gains dans leur croissance. Il est difficile de trouver des chiffres sur la rémunération des jeunes créateurs. Mais lors des discussions que j’ai pu avoir avec plusieurs d’entre eux, la rémunération n’était souvent envisagée qu’à partir de la quatrième année. Avant cela, la priorité était donnée à l’extension de l’offre, aux recrutements ou à la location d’un bureau.

Avec Natifs, nous ne faisons pas exception. Si nos projections sont bonnes, nous pourrons nous verser une maigre rémunération à notre cinquième année d’existence. C’est même un peu plus long c’est vrai. Mais cela s’explique par le fait que justement, ce manque de revenues étant problématiques; nous devons continuer à exercer une autre activité en parallèle. Ben est salarié à temps plein dans une structure. Et de mon côté cela ne fait qu’un an que je me consacre complètement à notre projet. Et aujourd’hui, nous avons énormément de chance de pouvoir vivre à deux, sur un seul salaire.

J’ai croisé bon nombre d’entrepreneurs qui avaient profité d’un période de chômage pour se lancer dans des projets tous plus intéressants les uns que les autres. Mais souvent, les 18 mois de chômage ne sont pas suffisants pour que l’entreprise deviennent rentables. Et beaucoup ont du finalement mettre leur société de côté pour reprendre un travail salarié. A chaque fois, je me dis que c’est bien dommage qu’on ne puisse pas leur donner plus de temps.

J’espère que cette plongée dans notre quotidien d’entrepreneur vous aura intéressé. J’ai vraiment essayé de jouer le jeu et de vous présenter sans faux-semblants les difficultés auxquelles je suis confrontée. Bien évidemment l’entrepreneuriat a aussi plein de côtés positifs ! Et je pourrais même les évoquer dans un autre article si cela vous intéresse. Mais il me semble important de parler franchement de ce choix de vie et de ce qu’il implique. Avec moins de paillettes qu’on ne le fait souvent.

A tous ceux et celles qui se posent des questions et hésitent à franchir le pas, je dirais de prendre le temps de réfléchir. Pour avoir été moi-même salariée, je sais que la tentation de la liberté peut être grande. Mais elle a des contreparties. Il faut être prêt à sortir de sa zone de confort… Et si vous avez des questions, n’hésitez pas à les poser en commentaires ! 

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les mauvais côtés et les difficultés de l'entrepreneuriat

2 Commentaires sur “Les mauvais côtés de la vie d’entrepreneur

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